Illana Weizman : « Devenir mère ne nous met pas en dehors des luttes féministes, au contraire »

Invitée dans l’épisode 16 : Le post-partum est politique, Illana Weizman, militante féministe et autrice, livre une réflexion sur le post-partum et la volonté collective de faire évoluer la situation actuelle. Quelques extraits choisis.

Comment ça se fait qu’en 2020, on ait autant laissé ce sujet de la maternité de côté ?

Illana Weizman : « Je crois que la maternité est une phase très particulière dans la vie d’une femme.
Dans la première et la deuxième vague du féminisme, l’idée était aussi de s’émanciper de la maternité qui était vue comme une injonction au système patriarcal et qui, de toute façon l’est. Il y avait aussi toute la partie « maternité imposée » qui posait problème, et c’était aussi un des combats du féminisme de s’émanciper de cette imposition là. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, et c’est récent, on commence à prendre en compte que le fait de devenir mère ne nous met pas en dehors des luttes féministes, au contraire. Il y a beaucoup de femmes qui décident d’être mère, aussi par le poids des injonctions et aussi par envie – on n’a jamais de choix totalement libres quoiqu’il arrive – mais cette période de la maternité est aussi faite d’injonctions et il faut aider les mères à pouvoir vivre cette période au mieux. Quand on fait le choix de devenir mère, on doit avoir le droit d’avoir son libre arbitre, de ne pas être jugée sur toutes les choses qu’on met en place avec son enfant afin de trouver de la liberté, de l’émancipation. »

Tu penses que l’intime, la maternité et le post-partum sont politiques ?

Illana Weizman : « Bien sûr. Dans la dernière vague du féminisme, on commence vraiment à pénétrer ce qui est supposé – en tout cas, c’est ce qu’on nous a dit quand on a lancé #monpostpartum – être du domaine de l’intime. On nous a dit : « Cela ne concerne personne, on n’est pas censé en parler, cela relève de l’intimité, du couple, de la famille ». La maternité, aussi bien que la sexualité, tout ce qui a un rapport avec notre corps, le corps des femmes, est éminemment politique parce que la réalité, c’est que la domination masculine passe par le corps des femmes que ce soit de prendre une femme sans son consentement, que ce soit les violences sexuelles, que ce soit le fait de dire qu’une femme doit être mince, lisse… Tout cela est lié. Cette volonté de gérer le corps des femmes par la patriarcat, cette volonté extérieure, c’est évidemment politique. Il n’y a rien de plus politique que tout ce qui est lié au corps de la femme. »

Est-ce que pour toi, la représentation du corps post-partum est violente ?

Illana Weizman : « C’est très violent oui. Et encore une fois, il y a un manque d’informations. Moi, je ne savais pas qu’on garde un corps arrondi pendant quelques temps, je ne savais pas que l’utérus mettait du temps à se remettre en place. Je pensais qu’à la sortie de la maternité le corps redevenait comme avant, surtout que moi, j’étais vraiment dans la soumission de ces injonctions. J’ai fait extrêmement attention à mon poids pendant ma grossesse, je faisais du sport tout le temps – ce qui est une bonne chose, ce n’est pas une maladie, on peut continuer à faire du sport – mais je me pesais tout le temps, je ne voulais pas dépasser les 8-10 kilos, je me suis vraiment mise dans un mode «  je dois faire attention à ce à quoi je ressemble » alors que j’étais en train de vivre un moment extraordinaire et que je n’étais pas là pour me priver ou faire peser des choses sur moi qui me rajoutent de la pression. Et puis, j’étais le cliché de la maternité glorieuse où tout le monde me disait que j’étais resplendissante. Mais le moment où j’ai accouché, où je suis rentrée chez moi, finalement, je me suis rendu compte que le corps post-partum est un champs de bataille. Une fois que l’enfant quitte ton corps, la lumière se déplace sur lui et toi, on te laisse dans les coulisses. C’est pour ça que le post-partum est peu représenté. »

J’écoute l’épisode 16 : Le post-partum est politique


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Média sur le post-partum

Je m’appelle Sophie, je suis journaliste et l’heureuse maman d’un petit garçon né en octobre 2019. Après sa naissance, je me suis vite rendue compte que la grossesse ne s’arrête pas au bout de neuf mois. Car oui, il existe bien un quatrième trimestre, une période où la maman va avoir besoin de se reposer afin de récupérer et reprendre des forces. J’ai donc décidé de mettre mes compétences de journaliste au profit de cette thématique à travers un compte Instagram, un podcast et un magazine.

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