Entretien avec… Delphine, aide-maman à Amsterdam

Delphine est maman d’une fratrie de 4 enfants réunis dans une famille recomposée franco-néerlandaise. C’est d’ailleurs aux Pays-Bas, à Amsterdam, qu’elle a posé ses valises il y a quelques années. Elle y exerce un métier inconnu en France : celui de kraamzorg. A cheval entre la puéricultrice et la sage-femme, elle s’occupe des mamans et de leurs bébés à domicile dans les jours qui suivent l’accouchement. Entretien avec une passionnée de maternité.

« Je trouve que les kraamzorg sont une sacrée valeur ajoutée pour le bien-être des parents. »

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Je m’appelle Delphine. Je suis une française qui vit à Amsterdam depuis quelques années. J’ai grandi ici. C’est la raison pour laquelle je parle néerlandais. Je suis revenue pour épouser mon amoureux de quand j’étais petite. Je suis maman de trois enfants qui sont maintenant adolescents et j’ai un beau-fils. Ils sont âgés de 21 à 14 ans et se considèrent totalement comme une fratrie. Je suis kraamzorg. Il n’y a pas vraiment de nom en français pour définir ma fonction. Ce qui ressemble le plus, cela va être auxiliaire de périnatalité. Mais moi je préfère appeler cela « aide-maman ». Je m’occupe des mamans et des bébés après la naissance au domicile des parents et je fais l’équivalent du travail que réalisent les sages-femmes en post-natal en France. J’assiste également les sages-femmes lorsque les mamans accouchent à domicile.

Justement, toi, comment as-tu vécu la période de post-partum après tes accouchements ?

J’ai accouché en France. J’ai eu trois césariennes. Pour le premier, c’était un peu compliqué car je suis restée 5 jours à la maternité à chaque fois. J’ai surtout le souvenir que je me sentais seule durant cette période. Aussi parce que le père travaillait et donc était absent. Mais je n’ai plus trop de souvenirs. En revanche, pour ma fille, j’avais fait de la sophrologie avant l’accouchement. Et j’ai pu retrouver les femmes qui étaient dans mon groupe. On se retrouvait une fois par semaine et ça m’a fait beaucoup de bien. C’était un groupe de parole où on faisait un peu de méditation et de sophrologie. Et pour mon dernier, sachant que ce serait mon dernier bébé, j’étais en osmose total avec lui. Sa naissance a été un peu compliquée puisqu’il est né sous anesthésie générale car la péridurale n’avait pas pris. Donc notre rencontre a été un petit peu décalée mais j’ai rattrapé beaucoup après. Je l’ai couvert de câlins. De manière générale, je pense que j’ai été assez forte mais j’aurais adoré savoir tout ce que je sais maintenant.

Qu’est-ce qui t’a amené a devenir kraamzorg ?

Je travaillais dans une banque. J’ai encore une bonne vingtaine d’années à travailler et mes missions me passionnaient moyennement. Et quand je rentrai chez moi, ma vie était un peu vide. Et puis je me suis dis « je suis au Pays-Bas, j’adore cette ville » et je me suis souvenue de la solitude de ma mère après l’accouchement de mon frère ici, aux Pays-Bas. Je me souviens qu’elle était très seule en tant qu’expatriée française. Alors, je me suis dit qu’il fallait que je m’occupe des mamans françaises aux Pays-Bas. Et comme je connais très bien les deux cultures, je me suis interrogée sur la meilleure manière de faire pour les aider. J’ai rencontré des sages-femmes qui m’ont parlé de ce métier. Je suis ensuite allée en contact avec une kraamzorg. Et en parlant avec elle, j’ai trouvé cela incroyable. Et comme il manque beaucoup de kraamzorg, elle m’a poussé à me former. Au départ, je me suis dis que je n’allais pas y arriver car c’est le milieu médical mais une sage-femme m’a soutenue et convaincue. Du coup, deux mois après, j’étais de retour sur les bancs de l’école.

Quelle formation faut-il pour devenir kraamzorg ?

C’est une formation qui est dispensée par une école qui s’occupe des formations médicales liées à la personne, comme par exemple la puériculture. On nous apprend à gérer plusieurs autour de l’aspect médical : le corps de la femme et la naissance. Il faut connaitre tout ce qui peut se passer, y compris les complications, en post-natal. Il y a aussi tout un volet sur le nourrisson. On doit aussi apprendre à gérer un deuil périnatal puisqu’une maman qui a accouché d’un bébé qui est né « silencieux », c’est comme cela qu’on appelle ça aux Pays-Bas, a droit à une kraamzorg puisqu’elle a accouché et qu’elle a exactement les mêmes douleurs physiques et en plus de la douleur psychologique énorme. L’accompagnement, dans ce cas, est moins long car il n’y a pas les soins du bébé mais on est quand même là pour accompagner la femme et l’aider à gérer la situation. Enfin, on nous apprend tout le côté psychologique et savoir reconnaitre des symptômes. La dépression post-natale arrive, en général, quand moi je suis partie. Mais, en tout cas, je suis formée pour accueillir la parole des parents. Et puis aussi on nous apprend à mettre nos limites. C’est-à-dire qu’on arrive dans une famille dans un moment où elle est vulnérable. Et nous, on est un peu comme des Mary Popins. Souvent on me dit « c’est génial, quand tu arrives tu es comme une fée ». C’est vrai qu’on a tendance à s’impliquer énormément car on aide les gens. Mais il faut parfois savoir dire « non, cela je ne le fais pas ». Par exemple je sais que y’a certains parents qui attendent que la kraamzorg fasse le ménage intégral de la maison ou qu’elle s’occupe des trois dernières semaines de lessive de retard. Il faut donc savoir se protéger.

Comment fais-tu connaissance avec les familles ?

Les mamans me contactent généralement très rapidement quand elles savent qu’elles sont enceintes car je ne peux prendre que deux clientes par mois. Je prends donc en fonction de mes disponibilités et du lieu d’habitation. J’organise tout de suite un appel en visio pour que l’on se voit et que je leur explique comment je travaille et ce qu’ils peuvent attendre de moi. Si on signe un contrat, je garde un contact avec les parents pendant la grossesse pour répondre à leurs questions. Aux alentours de la 30e semaine, je vais chez eux pour voir comment ils habitent et leur donner quelques derniers conseils pour la naissance. Je vérifie aussi le projet de naissance, surtout s’il s’agit d’un accouchement à domicile. Et puis lorsque les premières contractions arrivent, généralement le partenaire me prévient car, une fois que le bébé est né, la maman reste 6 heures seulement à la maternité. Et du coup, moi j’arrive à ce moment-là et j’accompagne les parents pendant 8 à 10 jours.

Y’a-t-il un équivalent au dispositif Prado aux Pays-Bas ?

La sage-femme vient effectivement trois fois pendant le séjour. Elle reste en général entre 10 et 20 minutes. C’est très court. Moi, en revanche, je suis en contact avec elle tout le temps. Je suis ses yeux et ses oreilles et je transmets les informations. Quotidiennement, je prends la température de la maman et du bébé, je prends le pouls de la maman, je vérifie son utérus et l’épisiotomie pour que tout se remette bien, je m’assure qu’elle va à la selle. Je vérifie aussi le nombril, le poids et la couleur du bébé, ainsi que ses urines et ses selles. L’avantage d’arriver vers 9 heures le matin et de repartir vers 15 ou 17 heures, c’est que j’ai le temps de bien observer.

Toutes les mamans ont-elles droit d’avoir une kraamzorg ?

C’est compris dans les assurances néerlandaises donc toutes les mamans qui ont un bébé aux Pays-Bas ont droit à la kraamzorg. J’ai donc des collègues néerlandaises qui travaillent dans des camps de réfugiés.

Comment expliques-tu ce choix de dispositif ?

Il y a le fait que les mamans restent très peu de temps à la maternité et aussi le fait qu’aux Pays-Bas il y environ 13% des femmes qui accouchent à la maison. Cela a toujours été très populaires aux Pays-Bas d’accoucher à la maison. Et puis, ici, l’accouchement est beaucoup moins médicalisé qu’en France.

Comment se passent les congés maternité et paternité aux Pays-Bas ?

Le congé maternité est de 6 semaines avant et 10 semaines après l’accouchement. Et pour le partenaire, il a droit à 5 jours dans les premiers jours. Et depuis le 1er juillet, il a également droit à 5 semaines à prendre au cours des 6 premiers mois de l’enfant. Il faut dire aussi qu’aux Pays-Bas, le rapport entre le privé et le professionnel est très important. Ils considèrent que si t’es bien dans ta maison, tu seras bien dans ton travail.

Quelles différences avec la France notes-tu à propos de la maternité ?

Avant tout, le fait qu’ici ce n’est pas médicalisé, notamment à propos de la péridurale. Les mamans que j’accompagne n’ont pas toutes eu la péridurale en revanche, elles ont toutes eu des bébés ! Le discours est aussi moins culpabilisant autour de l’allaitement pour les parents qui choisissent de donner le biberon. C’est en tout cas mon ressenti. Mais peut-être aussi parce que je leur dis que leur choix sera aussi le mien. Et puis le suivi de la maman est moins invasif, avec moins de touchers vaginaux. En tout cas, ici, le suivi est nickel.

En France, quel est le métier qui se rapprocherait le plus du tien ?

Je pense que c’est celui de puéricultrice. Mais, en même temps, je fais aussi tout le suivi médical de la sage-femme. Donc c’est un peu un mélange des deux.

Et tu penses que ça pourrait fonctionner en France ?

En tout cas, ce qui serait bien, c’est que les mamans aient plus d’aide. Parce que sortir à J+2 et se retrouver toute seule alors que t’as la montée de lait, la chute d’hormone et un bébé dont tu ne sais pas forcément comment t’en occuper, c’est chaud ! Donc se serait pas mal de réfléchir à comment faire pour améliorer les choses et les aider. En tout cas, je trouve que les kraamzorg sont une sacrée valeur ajoutée pour le bien-être des parents.

En allant chez les jeunes parents, quels principaux besoins repères-tu ?

Ils ont beaucoup besoin de parler et d’écouter. Et aussi avoir des astuces, parfois toutes simples. Je leur explique aussi qu’il faut qu’ils communiquent entre eux car ce n’est pas pour rien que beaucoup de couples se séparent. Et j’aime aussi beaucoup parler avec les seconds parents, qui sont un peu mes bras droits.

Comment fais-tu pour réussir à être là tout en restant discrète ?

Je fais en sorte de ne pas toujours être dans la même pièce que les parents et de les laisser tranquilles. Après c’est clair que je ne peux pas plaire à tout le monde, et inversement, mais je suis obligée que ça se passe bien pour tout le monde. Et donc, quand la magie n’opère pas entre les parents et moi, ce n’est pas grave. Moi il faut néanmoins qu’ils passent une bonne semaine. Et quand je sens vraiment que je suis de trop, je vais faire une course. Mais c’est assez rare. La plupart des parents sont contents quand j’arrive le matin. C’est vrai aussi qu’au départ les mamans françaises sont toujours un peu surprises. Et puis au final elles sont ravies. Souvent elles ont une connaissance qui est enceinte en même temps. Quand elles disent qu’elles doivent rentrer au bout de 6 heure, on les plaint. Et puis quand elles sont dans leur semaine post-partum avec moi, elles disent que c’est trop bien. Et les mamans en France se rendent compte de ce qu’elles n’ont pas.

Retrouvez Delphine dans l’épisode 17 du podcast Le Quatrième trimestre : Le post-partum autour du monde (Canada, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas)

Le site Internet de Delphine : aide-maman-amsterdam.nl


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Je m’appelle Sophie, je suis journaliste et l’heureuse maman d’un petit garçon né en octobre 2019.

Après sa naissance, je me suis vite rendue compte que la grossesse ne s’arrête pas au bout de neuf mois. Car oui, il existe bien un quatrième trimestre, une période où la maman va avoir besoin de se reposer afin de récupérer et reprendre des forces.

J’ai donc décidé de mettre mes compétences de journaliste au profit de cette thématique.

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