Anaïs Vallégeas : « Le soutien en post-partum existe »

Portrait d’une psychologue clinicienne qui a créé le soutien GAP : une consultation psychologique sur mesure pour la grossesse, l’accouchement et le post-partum.

Anaïs Vallégeas, psychologue clinicienne

– Quel est ton parcours ?

« Mon parcours de formation a été le parcours classique pour obtenir le diplôme de psychologue clinicienne : une licence de psychologie (sur trois ans) puis un master de psychologie clinique (sur deux ans). Ça, ce sont les étapes classiques, obligatoires, pour l’obtention du diplôme d’État.
Par ailleurs, comme chaque parcours professionnel, le mien aussi a été fait de moments singuliers : par exemple, une réorientation, ou encore une spécialisation. Au départ, je souhaitais devenir avocate pénaliste mais je n’ai pas trouvé ce que je cherchais dans les études de Droit, je ne m’y épanouissais pas. La fac de psycho se trouvait à côté et en assistant à quelques cours magistraux, là ça a été une évidence : c’est la psychologie que j’avais envie d’étudier. »

– Qu’est-ce qui t’a amenée vers ce métier ?

« Ce qui m’a amenée à choisir le métier de psychologue ? Je dirais mon envie de lier au quotidien ma passion pour les mots, mon amour pour l’écoute et mon souhait de proposer un espace de parole à des personnes en demande de soutien. Après le temps de la réorientation, il y a eu le temps de la spécialisation en psychologie : j’ai intégré la spécialité psycho-criminologie et victimologie, à l’Université de Rennes. Pratiquer en Protection de l’enfance m’a beaucoup appris, beaucoup révoltée aussi. J’ai rencontré une tutrice de stage exceptionnelle, précisément bienveillante. A ses côtés, j’ai pu mener une recherche  » Comment accompagner l’enfant au cours de son parcours de placement ? Stabilité – Régularité – Continuité, une triade à préconiser « . Ça m’a professionnellement marquée. Cette recherche m’a permis de ne pas rester figée dans une forme de révolte face aux dysfonctionnements institutionnels mais plutôt d’utiliser cette révolte ressentie pour tenter de faire bouger, ne serait-ce que de quelques millimètres, les choses.
En exerçant le métier de psychologue en libéral désormais, j’ai la chance de pouvoir m’engager professionnellement pour des objectifs qui ont du sens pour moi, comme par exemple l’objectif de proposer, à ceux qui en ressentent le besoin, un espace de parole en lien avec la grossesse, l’accouchement, le post-partum. J’ai pu créer le soutien-gap, une consultation psychologique sur mesure. Grossesse, Accouchement, Post-partum : trois mots qui par la contraction de leurs premières lettres forment gap ; or « gap », en anglais, signifie l’écart, le fossé, l’intervalle. Et bien, le soutien-gap c’est justement cela, soutenir les mères, soutenir les pères, lorsqu’ils ont l’impression qu’un fossé se creuse entre leurs propres ressentis et les idées préfabriquées et diffusées autour du « devenir parent ». Par la création du soutien-gap, je décide de m’engager professionnellement pour celles et ceux qui, à un moment donné, ressentent le besoin de parler à une personne extérieure des sphères familiales et amicales. J’exerce en cabinet à Ancenis et en visio consultation afin que la distance géographique ne soit jamais un frein »

Quelles sont tes valeurs et ce que tu souhaites transmettre à travers ta pratique ?

« Les valeurs qui me guident professionnellement ? D’abord je dirais la bienveillance. Elle est essentielle. Je tiens à accueillir de manière accueillante, véritablement. Avec douceur, en prenant le temps. Avec naturel, pour mettre à l’aise. En consultation, j’accueille, j’accompagne, j’écoute, on échange, je n’ordonne rien, je pose des questions, je ne dresse pas de liste de certitudes répétées, j’amène plutôt un regard extérieur sur une situation vécue, je soutiens, on co-construit si besoin des pistes de solutions face à d’éventuels problèmes : des solutions précisément sur mesure. J’accorde de l’importance au travail en équipe, ainsi je considère que de travailler en libéral ne doit pas m’empêcher d’être en lien avec d’autres professionnels. A travers ma pratique, je souhaite dire : il n’y a pas de « mauvaise » ou de « bonne » raison de consulter un psychologue, il y a simplement des raisons singulières, toujours légitimes. D’ailleurs, en créant le soutien-gap comme une forme de consultation à part entière, l’objectif est la diffusion d’un message clair : le soutien psychologique en lien avec la grossesse, l’accouchement, le post-partum, ça existe. Oui cela existe et ce n’est pas réservé à des parcours particuliers, ce n’est pas réservé à certaines grossesses dites difficiles ou à certains accouchements ou à certains vécus de post-partum. Proposer le soutien-gap c’est pour moi, en tant que psychologue libéral, apporter ma petite pierre à l’édifice dans le combat pour le repérage précoce de la dépression post-partum mais aussi et tout autant c’est dire haut et fort que chacun, chacune, peut s’autoriser à prendre rendez-vous. Il n’y a pas d’un côté ceux qui « vont mal » – qui devraient consulter – et ceux qui « vont bien » – qui n’auraient pas leur place en consultation. J’aimerais que se déconstruise la dichotomie portée par le discours sociétal, dichotomie selon laquelle il y a les grossesses, accouchements, post-partum « difficiles » d’un côté, puis les grossesses, accouchements, post-partum « merveilleux » de l’autre côté. J’entends dans les témoignages qu’il y a surtout pour beaucoup de parents-nés des oscillations, des montagnes russes de ressentis. Finalement, il n’existe que des vécus singuliers à mon sens. Le soutien-gap est justement né de cette envie : que l’espace de parole ne soit plus réservé. Une séance de soutien-gap peut avoir du sens à partir du moment où une personne en ressent le besoin ; le besoin de parler, de déposer des pensées, d’expulser des émotions, d’être écouté, le besoin peut-être de poser des questions autour d’une grossesse, d’un accouchement et / ou d’un vécu de post-partum. »

Le cabinet d’Anaïs Vallégeas

Pour toi, le post-partum c’est…

« Le post-partum, c’est une panoplie d’idées préconçues. Ainsi, en post-partum, il est parfois difficile de se sentir écouté au sens véritable, au sens de la particularité de la situation vécue infiniment intimement. Simplement, le post-partum, c’est toujours singulier. Il n’y a pas un post-partum mais des vécus de post-partum.
Le post-partum, c’est un élan, un mouvement ; au sens de comment ça déséquilibre l’ancien équilibre et de comment ça conduit à un équilibre nouveau. Intensément, c’est une réinvention psychique, physique, professionnelle, familiale.
Pour moi, le post-partum, c’est aussi un sujet qui mérite des milliards de mots, une infinité de mots.
Le post-partum, c’est la période qui va de la fin de l’accouchement (précisément médicalement, de la sortie du placenta), jusqu’à… Et bien jusqu’à ce que la personne qui est en post-partum estime qu’elle n’est plus en post-partum en ressentant une forme d’équilibre trouvé ou retrouvé. »

Pour écouter le podcast avec Anaïs Vallégeas : La première rencontre avec son bébé


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Média sur le post-partum

Je m’appelle Sophie, je suis journaliste et l’heureuse maman d’un petit garçon né en octobre 2019. Après sa naissance, je me suis vite rendue compte que la grossesse ne s’arrête pas au bout de neuf mois. Car oui, il existe bien un quatrième trimestre, une période où la maman va avoir besoin de se reposer afin de récupérer et reprendre des forces. J’ai donc décidé de mettre mes compétences de journaliste au profit de cette thématique à travers un compte Instagram, un podcast et un magazine.

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