Témoignage : les montagnes russes des premières 24 heures

Aujourd’hui, c’est un papa qui se replonge dans l’accouchement de sa femme, son histoire de naissance en tant que père et l’arrivée de leur fils. Car les premières heures de vie de leur enfant, Jonathan les a passé seul. Jonathan est doula et sa femme aussi. Ils sont tous les deux passionnés par l’univers de la périnatalité.

« Ehh, psst… Je crois que ça arrive.. je les ai jamais senti comme ça..« 

4 heures du matin. Ce réveil a une saveur différentes des autres. Quelque chose est sur le point de se passer, et cet événement nous l’attendons depuis plusieurs mois, voire années maintenant… La maison est prête, nous le sommes aussi. Quoi de mieux qu’une formation au métier de (Yoga) Doula en guise de préparation pour devenir parents. Nous avons reçu les théories, à nous la pratique !

Les vagues arrivent, s’accélèrent, je la guide, simplement, fluidement. Un chrono sous la main, il devient rapidement ma boule de cristal avec laquelle je prévois ses cycles de contractions. Au plus grand bonheur de ma femme qui les supporte seulement debout et veut se reposer entre deux vagues allongée dans la baignoire. Ça y est, la sage femme arrive, les choses s’accélèrent… Et puis cette tête que l’on commence à apercevoir.

« Ça y est, on la voit ! Ah oui ?? Mais c’est sur !?? Oui-Oui je te jure ! Ahhhhhhhhh !!!!!… Souffle souffle, vocalise, plus grave !! Ahhhhhhh… Bon c’est pas grave… La prochaine…« 

Nous sommes là, dans moins d’un mètre carré, tous les cinq, dans notre chambre. Aurélie, notre chienne Chaïa, notre sage femme, Eloha et moi. Après des heures de travail intense, la souffrance va laisser place au bonheur incommensurable. Ça y est, je le sens, je sens son crâne déformé sur ma paume de main. Je suis là, spectateur du miracle de la vie. Je prends une grande respiration, penche ma tête pour l’apercevoir. Quelle merveille !

Ensuite tout est allé très vite, nous avons à peine pu relâcher une dose d’ocytocine ensemble que la sage femme insiste déjà fortement pour que ma femme s’allonge. Elle ne le sent pas.. nous sommes dans un cosmos qui rend difficile le raisonnement concret, nous faisons confiance. Quelques respiration plus tard, un malaise.

Je vis le plus intense moment de ma vie, quand la vie et la mort dansent ensemble, quand nos tripes se serrent, quand nos larmes ne peuvent plus couler… Elle m’offre le plus beau des cadeaux au péril de sa vie. Les sirènes retentissent, et la voilà déjà en route, notre enfant sur sa peau, moi, derrière dans une autre voiture. Du calme et de l’harmonie de notre maison à la lumière tamisée au vrombissement des moteurs. Séparation dure, contraste terrible. Je frôle le sur-accident. Me voilà aux urgence, je tiens debout par la force de ma détermination.

24 heures sans manger ni boire, et un brancard passe a toute vitesse, ma femme, je tourne la tête, voilà que mon enfant est déjà dans mes bras. Une blouse blanche me prend dans les bras : ma belle sœur est là, dans sa tenue de puéricultrice. Un cadeau du ciel. Un chocolat chaud, trois barres énergétiques qui passent malgré ma gorge serrée à triple tour. Belle maman est là, Eloha contre elle, je me connecte à l’âme de ma femme, à mes guides. Elle termine son initiation me disent-ils. « Elle prends un virage à « sang pour sang »… D’accord.. mais encore !??… tout ira bien. Prends soin de ton enfant.

Je m’exécute sans savoir que je vais passer seul avec lui les 24 premières heures de sa vie. Sort cruel ou bénédiction ? La dualité a son summum, les montagnes russes, mon cœur fait le yoyo. Plus de batterie, ma femme transférée dans un autre hôpital, aucun moyen d’avoir de ses nouvelles et un être somptueux dormant paisiblement contre ma peau. Je crois que ce soir là anges et archanges ont eu marre de me voir devant le bureau des prières… Nuit blanche teintée de gris, réveils en sursaut, grincement de dents, changement de couche, montée de lait (et non malheureusement) alors comment le nourrir !?

L’histoire de l’alimentation de mon fils a commencé à mon petit doigt. Le DAL improvisé des moments imprévus. L’angoisse de la sirène qui retentit encore, le cœur qui bat la chamade au repos et deux lèvres délicatement posées sur mon petit doigt. Mon fils, cette âme que je connais bien dans ce corps que je découvre, seul, dans le silence de la nuit. 24 heures, 24 longues heures et si courtes à la fois. Après l’avoir attendu des mois, je ressens la joie extrême de sa présence et le déchirement de l’absence de sa mère. Ying, yang, deux forces opposées qui trouveront leur paix lorsqu’on toque à la porte.

Il est 16 heures : j’ai laissé une femme et je retrouve une mère, maquillée par la fatigue, le stress et l’anxiété. Mais dans son cœur, je perçois cette nouvelle lumière qui la rend immortelle, cette force venue d’ailleurs qui ne la quittera plus. Elle a la vie dans ses mains, et l’énergie pour la faire grandir… »

Je suis ravie de vous partager le récit de Jonathan @papa.doula car c’est finalement assez rare que des papas fassent la démarche de venir raconter leur histoire de père, ici.

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Média sur le post-partum

Je m’appelle Sophie, je suis journaliste et l’heureuse maman d’un petit garçon né en octobre 2019. Après sa naissance, je me suis vite rendue compte que la grossesse ne s’arrête pas au bout de neuf mois. Car oui, il existe bien un quatrième trimestre, une période où la maman va avoir besoin de se reposer afin de récupérer et reprendre des forces. J’ai donc décidé de mettre mes compétences de journaliste au profit de cette thématique à travers un compte Instagram, un podcast et un magazine.

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