Témoignage : accompagner un accouchement physiologique

Elodie Cariou est sage-femme en milieu hospitalier depuis 2019. Diplômée d’une école de sages-femmes de Belgique, chaque jour, elle accompagne des futures mamans dans l’événement le plus important de leur vie : celui de donner naissance. Elle raconte, de son point de vue de professionnel de santé, une soirée de son quotidien de sage-femme.

 » 23 heures : sage-femme hospitalière, je m’occupe de raccompagner une patiente jusqu’à sa chambre de maternité. A mon retour, je croise une femme accompagnée de son mari tenant son ventre rond avec ses deux mains et esquissant, parfois quelques grimaces. Je me présente alors à elle et lui demande si je peux l’aider. Elle se présente : « Je m’appelle Mme L, c’est mon premier bébé et j’ai une contraction toutes les 10-15 minutes ». A l’heure du confinement, je l’accompagne seule jusqu’à la salle de consultation, la questionne sur le déroulement de sa grossesse, ses contractions… et je décide avant toute chose, et avec son accord, d’examiner le col de l’utérus.

Et là, surprise ! « Madame, vous êtes à 5 cm, la tête de votre bébé appuie très bien sur le col. » C’est à ce moment-là, difficilement en pleine contraction, qu’elle me tend un papier :  un projet de naissance ! RAVIE que je suis. En tant que sage-femme, j’adore les projets de naissance. Je propose donc à cette patiente de passer en salle de naissance directement. Je lui pose un monitoring, je fais entrer le papa – l’hôpital autorisait les papas en salle de naissance pendant le confinement- tout en lui expliquant que le travail avait déjà bien avancé et que c’était le jour J. Je sors de la salle. 

De retour au bureau, je prends connaissance du dossier médical de Mme L puis de son projet de naissance composé d’une page avec des souhaits tout à fait réalisables. Elle ne souhaite pas entendre parler de péridurale et espère une seule et même sage-femme tout le long du travail, des monitorings et examens intermittents, se mobiliser au maximum… Je me suis embarquée dans une sacrée aventure car rappelons que c’était un premier bébé – et que donc par définition, le travail peut encore être long. 

00 h 45 : Je retourne dans la salle de naissance, je débranche le monitoring. Et là mon vrai rôle d’accompagnante débute.

Je lui propose des exercices sur le ballon, ainsi que de respiration au moment des contractions encore espacées d’au moins 10 minutes. Après lui avoir expliqué tous ces exercices, je la laisse tranquillement et calmement gérer son travail.

01h30 : Mme L appelle. Je rentre dans la pièce, et les contractions se sont intensifiées de manière fulgurante, elles sont présentes toutes le 2 minutes. Je lui propose de se lever et de s’allonger dans le lit pour que je puisse examiner le col, ce qu’elle accepte. En se levant, PLOUF ! La piscine dans la chambre, Mme L a rompu franchement la poche des eaux.

A l’examen : 7 cm. Il y a encore un peu de col. La tête du bébé est encore un peu haute, il faut encore attendre qu’il descende et que le col se dilate entièrement. Mme L est fatiguée, épuisée, elle me regarde en me demandant de faire quelque chose, que ce n’est plus possible, qu’il faut calmer tout cela, elle n’y arrivera pas. A mon tour d’entrer réellement en jeu en rappelant à la patiente ce qu’elle souhaitait pour elle, son mari et son bébé. En la remotivant et en lui mentionnant tout ce qu’elle a réalisé jusqu’à présent, et de quoi elle est capable d’accomplir. Je lui fais comprendre que cette phase est tout à fait normale, cela s’appelle la phase de résilience.

J’ai également discuté avec le mari à ce moment là, en lui expliquant l’importance qu’il avait de part sa présence. Il faut qu’il parle à sa femme et à son bébé pour que tout le deux puissent aller jusqu’au bout. Cette partie du travail à été pour moi l’une des plus belles, car cette femme arrivait à bout de force mais ne m’a jamais, absolument jamais parlé de péridurale, jamais ce mot n’a été prononcé. Mon métier de sage-femme est magnifique en ces temps-là mais il était important pour moi de remettre 30 minutes de monitoring pour évaluer également le bien-être de bébé après la rupture de la poche des eaux. 

02 h 30 : Mme L est toujours dans le même état, les contractions sont de plus en plus douloureuses et toujours aussi rapprochées. Elle n’a pas de répit. Elle me demande elle même de l’examiner. Dilatation complète, bébé descend tranquillement, il faut se laisser du temps. 

04 h 30 : Appel de la salle n°3. Ça pousse ! Très rapidement, je lui proposede l’examiner, bébé est là. Maintenant il faut pousser. D’abord allongée, elle commence à pousser mais elle n’y arrive pas. Je luis propose donc de se positionner de la manière qu’elle préfère. Elle est assise sur le lit, les pieds sur une barre de chaque côté. J’appelle l’auxiliaire de puériculture pour qu’elle vienne m’aider pour l’accouchement. Trois poussées plus tard, un petit garçon naît.

Un accouchement très émouvant, papa pleure à chaudes larmes, maman également. A ce moment-là, je n’ai qu’une seule chose à faire : féliciter grandement cette femme pour ce qu’elle vient d’accomplir et laisser cette nouvelle famille profiter. Une fois le placenta sorti, de façon tout à fait naturelle, je réinstalle la dame correctement et je les laisse se découvrir mutuellement.

En sortant de la chambre, je n’ai qu’une envie : expliquer tout ce qui venait de se passer à mes collègues. J’étais tellement fière d’avoir pu accompagner cette femme dans cette aventure qu’est la naissance, d’avoir pu respecter à la lettre son projet de naissance. J’ai exprimé par la suite toute ma reconnaissance à ce merveilleux couple, toute ma satisfaction d’avoir pu être là au bon moment, et toute l’émotion qu’ils m’avaient transmis. j’en ai le sourire jusqu’au oreilles même en écrivant cet accouchement-là tout de suite, en me remémorant ces moments si précieux dans la carrière d’une sage-femme.

Je n’ai qu’un mot MERCI. »


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Je m’appelle Sophie, je suis journaliste et l’heureuse maman d’un petit garçon né en octobre 2019. Après sa naissance, je me suis vite rendue compte que la grossesse ne s’arrête pas au bout de neuf mois. Car oui, il existe bien un quatrième trimestre, une période où la maman va avoir besoin de se reposer afin de récupérer et reprendre des forces. J’ai donc décidé de mettre mes compétences de journaliste au profit de cette thématique à travers un compte Instagram, un podcast et un magazine.

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