Marie Vareille : « Il a fallu que je le vive pour comprendre que l’apprentissage de la maternité était un vrai sujet de société »

Marie Vareille est l’autrice de 9 romans. Le dernier en date Ainsi gèlent les bulles de savon publié en mai 2021 évoque les difficultés de la maternité à l’heure où la littérature française est encore frileuse de ce genre de récit.

Marie Vareille est aujourd’hui maman de deux filles.

– Dans ton roman Ainsi gèlent les bulles de savon, tu abordes le sujet de la maternité, loin des clichés « que du bonheur ». Pourquoi as-tu souhaité prendre cet angle là ?

Marie Vareille : « Parce que je trouvais qu’il n’y avait que deux types de mères dans la littérature : le femme qui n’est que mère, sacrificielle et qui s’oublie totalement et avec joie dans la maternité, vue comme la “bonne” mère, et la mère « indigne » qui déteste ses enfants et leur fait volontairement du mal (Hervé Bazin, Jules Renard et un grand nombre des figures de mères dans la mythologie par exemple). Je trouve ces figures maternelles très peu représentatives de ce qu’est une mère au XXIe siècle.
L’arrivée dans la maternité a été très brutale pour moi, notamment parce que j’avais mis toute mon énergie et tout mon temps depuis des années dans l’écriture et que subitement, tout ce temps, toute cette énergie ont été aspirés par mec nouveau rôle, ne me laissant plus aucune place pour le reste… Je l’ai très mal vécu. Je considère que je n’avais pas du tout été préparée à devenir Maman, à faire le deuil de ma vie d’avant, l’insouciance et la liberté qui allaient avec, et la manière dont devenir mère a transformé mon identité. Tout ce que je ressentais me faisait honte, car j’étais persuadée qu’une “bonne” mère serait devenue mère naturellement, n’aurait pas regretté de sacrifier sa carrière professionnelle ou son temps libre, se serait levée la nuit de gaieté de cœur etc. Quand j’ai pris conscience, en parlant autour de moi, en lisant des choses en ligne que je n’étais pas la seule à avoir tous ces sentiments négatifs, qu’aimer ses enfants à la folie n’empêche pas d’être épuisée, d’être triste, de trouver la maternité ingrate et difficile, j’ai eu envie d’en parler, d’où ce livre écrit d’une traite après la naissance de ma deuxième fille.
Ce roman, c’est le livre que j’aurais voulu lire avant de devenir maman ou dans les premiers mois qui ont suivi la naissance de mon premier bébé, le livre qui m’aurait fait me sentir moins seule, qui aurait dit sans fards, la vérité de la maternité dans ce qu’elle a de magnifique et dans ce qu’elle a de plus violent sans aucun jugement et qui m’aurait autorisée à ne pas culpabiliser de ne pas être une mère parfaite. 

« Tout ce que je ressentais me faisait honte car j’étais persuadée qu’une « bonne mère » serait devenue mère naturellement

Marie Vareille

– La maternité, c’était un sujet sur lequel tu t’étais imaginée écrire ? Comment tu choisis justement les thèmes de tes romans ?

Marie Vareille :  » Je n’aurais jamais écrit sur la maternité avant d’avoir des enfants. Pas parce que je pense qu’il faut être parent pour écrire sur la parentalité, c’est le travail d’un écrivain de se projeter dans ce qu’il n’est pas, mais parce que le sujet ne me semblait pas si passionnant. Il a fallu que je le vive pour comprendre que l’apprentissage de la maternité, le “devenir mère » était un vrai sujet de société et peu traité en littérature (je parle de littérature au sens du roman, pas des livres de développement personnels qui sont déjà nombreux à exister sur le sujet et qui sont très importants aussi pour aider les nouvelles mères). « 

– C’est un roman différent de tes précédents. Comment as-tu imaginé tes personnages et l’histoire ?

Marie Vareille :  » Je fonctionne toujours un peu de la même façon : les personnages s’imposent à moi et ensuite, j’essaye de comprendre les liens entre eux. Ce qui les unit, c’est l’histoire que je dois raconter. J’ai commencé « Ainsi gèlent les bulles de savon » avec cette vision d’une jeune femme qui débarque en Indonésie après avoir abandonné son bébé et toute sa vie d’avant. Cette image me hantait depuis quelques mois. Et je voulais comprendre comment cette femme en était arrivée là, je voulais aussi que les lecteurs la comprennent, qu’ils lui pardonnent. Je ne me suis jamais dit “je vais écrire sur la dépression post-partum”, ou “je vais écrire sur la maternité”. C’est venu naturellement parce que c’est que je vivais au moment où je me suis mise à écrire. J’y ai mis sans réfléchir toutes mes émotions de jeune maman, tout mon vécu, avant tout parce que j’en avais viscéralement besoin à titre personnel. Je suis ravie que ce roman trouve un écho et je suis profondément touchée par tous les messages de jeunes mamans qui me remercie d’avoir mis des mots sur leur difficultés, mais au départ, égoïstement, je l’ai écrit pour moi. C’était thérapeutique, écrire est ma façon à moi d’affronter les épreuves et de faire la paix avec moi-même. »

– Comment définirais-tu l’écriture pour toi ? Qu’est-ce qu’elle t’apporte ?

Marie Vareille :  » L’écriture m’aide à ordonner mes pensées, à canaliser le trop plein d’émotions qui m’envahit souvent, à m’évader, aussi. Quand je n’écris pas je suis très malheureuse, de mauvaise humeur, perpétuellement tendue… Ce n’est pas très drôle pour mon entourage, d’ailleurs 😉 Écrire des histoires constitue une part très importante de la personne que je suis aujourd’hui, ce n’est pas seulement le métier dont je rêvais petite, sans trop y croire tellement il me paraissait inaccessible, c’est l’une des composantes les plus importantes de ma vie et de mon identité. « 

– Tu es maman de deux enfants. Pour toi, le post-partum, c’était comment ?

Marie Vareille : « Oui, j’ai deux merveilleuses petites filles de 18 mois et 3,5 ans. Ce sont elles qui m’ont appris à être Maman 🙂 J’ai eu deux post-partum très difficiles, le premier, psychologiquement, parce que j’ai fait une dépression post-partum, le deuxième, physiquement, parce que mon accouchement s’est très mal passé (césarienne d’urgence sous anesthésie générale, puis hémorragie… on a failli y passer toutes les deux, c’était le moment le plus terrifiant de toute ma vie). Ça me fait de la peine de le dire, mais je pense que c’est important de l’admettre : je garde un très mauvais souvenir de ces premiers mois après l’accouchement. Je pleurais beaucoup, j’avais l’impression d’être à la fois vide et détruite, d’être perpétuellement en situation d’échec et totalement dépassée par les événements. Je me sentais très seule aussi. Après la douceur de la grossesse, dont je garde pour ma part et surtout pour la deuxième, un beau souvenir, le contraste était vraiment violent. »

– Le post-partum est aujourd’hui un peu moins tabou. Quand toi tu es devenu maman, qu’est-ce que tu aurais aimé savoir ?

Marie Vareille : « J’aurais aimé qu’on me dise tout ce que j’ai raconté dans mon livre, c’est pour ça que je l’ai écrit. Les difficultés, les doutes, la souffrance physique et psychologique, et surtout qu’on m’explique que beaucoup de mères passent par là et que cela ne remet en aucun cas en cause l’immensité de cet amour, absolu et unique, qui nous lie à nos enfants. »

Ainsi gèlent les bulles de savon, paru le 19 mai 2021, Editions Lilly Charleston

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Je m’appelle Sophie, je suis journaliste et l’heureuse maman d’un petit garçon né en octobre 2019. Après sa naissance, je me suis vite rendue compte que la grossesse ne s’arrête pas au bout de neuf mois. Car oui, il existe bien un quatrième trimestre, une période où la maman va avoir besoin de se reposer afin de récupérer et reprendre des forces. J’ai donc décidé de mettre mes compétences de journaliste au profit de cette thématique à travers un compte Instagram, un podcast et un magazine.

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